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Vacciner chez les personnes résistantes

Mantumbi, Zone de santé d’Oicha, République Démocratique du Congo, le 07 juin 2012.

Une situation inquiétante

La RDC est un pays plurireligieux, où différentes communautés religieuses peuvent avoir différents comportements vis-à-vis de la santé. Afin de garantir une couverture vaccinale maximale, l’Unicef au côté des autorités locales se rend dans les villages avant, pendant et après les campagnes de vaccination afin de recueillir les points de vue et les expériences des membres de ces communautés religieuses et de comprendre ce qui les empêche d’avoir recours à la vaccination de leurs enfants pour les protéger contre les maladies tueuses d’enfants telle que la polio et la rougeole.

Dans le village de Mantumbi dans l’aire de santé de Pasala, les autorités locales et l’Unicef ont récemment organisé une rencontre communautaire avec de nombreux membres de la secte religieuse locale Edomite. Les Edomites sont une minorité religieuse répartie dans de nombreux villages du Nord-Kivu et de la Province Orientale à l’Est de la RDC. Ils sont réfractaires à la vaccination. Par croyances religieuses ou traditionnelles, ils sont méfiants à l’égard de l’immunisation. Ils établissent des liens mystiques avec le vaccin- comme d’attribuer les campagnes de vaccination à une conspiration de l’occident pour rendre stérile leurs progénitures pour une future recolonisation ou domination de leurs terres – et n’adhèrent pas à l’explication scientifique d’un lien entre l’immunisation et la prévention des maladies.

Kavira Siheria, la mère de Furaha, un enfant de cinq ans ayant attrapé la rougeole, partage l’inquiétude de nombreuses mères de Mantumbi : « Mon enfant est complètement vaccinée. Je fais ça pour prévenir les maladies. Mais certaines familles de notre village n’écoutent pas les conseils pour des raisons religieuses ».

Kavira Siheria et sa fille Furaha, âgée de 5 ans, atteinte de la rougeole a Mantumbi.

Kavira Siheria et sa fille Furaha, âgée de 5 ans, atteinte de la rougeole a Mantumbi.

« Lorsque certains parents refusent de faire vacciner leurs enfants, ils mettent en danger tous les autres enfants du village » poursuit-elle. « Ma fille souffre de la rougeole, une maladie qui avait pourtant disparue de notre village », affirme-t-elle.

Vaccination d’un enfant par l’Administrateur  de territoire assistant de Beni, contre la  polio dans le village de Mantumbi le 07 juin 2012

Vaccination d’un enfant par l’Administrateur de territoire assistant de Beni, contre la polio dans le village de Mantumbi le 07 juin 2012

L’infirmier Titulaire du centre de santé Pasala, Kambale Kambuko, dit que la réticence des parents édomites à faire vacciner leurs enfants a beaucoup de conséquences néfastes sur la survie des enfants a Mantumbi. « Cinq cas de rougeole ont été déclarés dans l’aire de sante de Pasala. Selon le résultat de nos surveillances épidémiologiques le foyer de cette épidémie serait dans le village de Mantumbi où habitent les Edomites » déclare Kambale Kambuko.

Une solution : La mobilisation sociale

« La communication et la mobilisation sociale sont des composantes essentielles pour  garantir la vaccination des enfants. Les parents ont le droit de recevoir les informations et de participer aux décisions relatives à leur santé », explique Basile Lange, responsable de la communication pour l’éradication de la polio à l’Unicef Nord-Kivu en RDC.

L’Unicef collabore avec des partenaires du gouvernement ainsi qu’avec les médias afin de diffuser des messages radio pour promouvoir les campagnes de vaccination contre la polio. Les agents de mobilisation sociale rendent visite aux communautés afin de parler du vaccin avec les parents et de les convaincre de vacciner complètement leurs enfants.

Kahindo Kakombi, 30 ans, habitant Mantumbi, le village où l’on retrouve l’église Edomite, explique que son enfant a déjà été vaccinée, comme plusieurs autres enfants de son village grâce à la mobilisation sociale : « Dès que j’ai appris qu’avaient lieu ces activités de vaccination, je me suis précipitée parce que je sais que la vaccination protège les enfants contre la maladie », dit-elle.

L’Unicef et l’administration locale mobilisent les familles pour qu’elles s’expriment sur les avantages de la vaccination en tant qu’agents et responsables communautaires, et travaille avec les responsables traditionnels et religieux dans le cadre de la sensibilisation aux conséquences désastreuses de maladies comme la polio.

Prenant la parole au cours de la cérémonie de lancement de la campagne de vaccination dans la zone de sante d’Oicha a Mantumbi, Wisungu Tsongo, chef de l’Eglise Edomite a Mantumbi, déclare: «  La foi Edomite n’interdit pas la vaccination, nous enseignons plutôt les bonnes pratiques, le respect des autorités et des lois du pays ».

« Je dénonce tous les parents qui refuse de faire vacciner leurs enfants prétextant appartenir à notre église, nos fidèles sont libres de faire vacciner leurs enfants et pour preuve j’ai moi-même vaccinée un enfant aujourd’hui » poursuit-il.

Le Chef de l’église Edomite locale, Wisungu Tsongo, vaccinant un enfant devant ses fidèles à Mantumbi

Le Chef de l’église Edomite locale, Wisungu Tsongo, vaccinant un enfant devant ses fidèles à Mantumbi

La mobilisation sociale a permis d’apporter des changements, dans le cadre d’un ensemble intégré de services de santé pour améliorer la survie des enfants dans cette communauté.

 À l’avenir, il est souhaitable d’appuyer le gouvernement pour que soient organisées davantage de rencontres communautaires, qui permettraient non seulement de minimiser la réticence des parents à faire vacciner leurs enfants, mais aussi d’assoir un dialogue permanent et suivi avec les parents, les leaders traditionnels et religieux dans le cadre de la promotion de la vaccination des enfants. Ces rencontres représenteraient aussi une occasion vitale d’identifier les besoins des communautés en matière de survie de l’enfant et de la mère, afin de trouver des solutions appropriées.

L’ensemble des acteurs soulignent la nécessité de fonds supplémentaires pour que cela devienne une réalité pour les enfants de Mantumbi en particulier et ceux de la République Démocratique du Congo en général.

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